Reviews of Les Huguenots (Metz) and L'africaine (Strasbourg)

June, 2004

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GEORGES MASSON

OPÉRA critique Les Huguenots à Metz: encore trois représentations

“Le Républicain Lorrain“

8 juin 2004

 

Il faut voir Les Huguenots créés à Paris en 1836, puis deux ans plus tard, à Metz, dont le théâtre n'avait plus monté l'ouvrage de Meyerbeer depuis le XIXe siècle. De la libre adaptation de Scribe du massacre de la Saint-Barthélémy, Laurence Dale offre une conceptualisation où l'idée prime sur la matière, et sa conception générale est celle d'un homme de passion qui transmet la sienne à tous les protagonistes du drame. Dans ce vaste crescendo opératique, on quitte la décoration pseudo-réaliste propre à satisfaire les goûts de l'époque louis-philipparde pour un espace intemporel aux volumes extensibles et jusqu'à l'infini du fond de scène. Les costumes (Dominique Burté) ne sont pas d'époque mais stylisés avec quelques rappels historiques entre couronnette et cuirasse. Et les effets spéciaux de lumières (Patrice Willaume) renforcent les climats contrastés.

 

Le décor (Éric Chevalier) s'ouvre sur une haute cage au carré. On peut lui reprocher l'accumulation de blocs en oblique rendant périlleux les ébats et la gogaille comme le mouvement de foule du I. Mais cette construction volumétrique s'ouvrira ensuite au II, autorisant les actions sur plusieurs plans espacés. Elle débouchera sur une vaste surface en profondeur propice à l'accroissement du mouvement dramatique qui trouve son acmé sur le devant de scène. Cette vision évolutive partant de l'évocation de la bamboche initiale relevant de l'opéra-comique ira par pallier jusqu'à son paroxysme. Malgré la longueur de l'ouvrage aux débuts emphatiques (de 15h à 19h45, dimanche) la tension ne faiblit pas qui, au fil de scènes contrastées (dont l'acte II des femmes aux caresses d'une subtile volupté) culminera à la Bénédiction des poignards du IV et au paroxystique Trio des Noces funèbres au V. On assiste alors à une sorte de sublimation des héros dont le hiératisme se hisse au poignant niveau de la tragédie antique. Le public est littéralement subjugué à la sortie.

 

Les sentiments à vif se lisent sur les visages des acteurs-chanteurs et la charge émotionnelle croît au fil des actes, d'autant que la distribution, triée sur le volet, procède d'un choix typologique judicieux ce qui est rare. On a pu être surpris au début, par le timbre si particulier de l'Américain Rockwell Blake en Raoul de Nangis. Un peu forcé scéniquement dans son faux maniérisme, il électrise par sa flamboyante virtuosité (on est dans le grand opéra français), ses vibratos d'acier aiguisant ses fulgurants contre-ut. Il est aussi charmant dans ses pianissimos en voix de tête, bien qu'il écorche la prosodie dans son air accompagné à la viole d'amour, "Plus blanche que la blanche hermine", et qui prend un tour exotique. Mais quel ténor d'airain dans son crucifiant final!

 

L'héroïne du jour s'appelle Alketa Cela. L'Albanaise avait ému dans sa Mimi de La Bohème de Nancy et de Metz. Son émouvant médium a gagné en harmoniques et son registre de soprano dramatique a pris une coloration de gorge qui s'apparente au troublant voile vocal d'une Callas: une sublime Valentine de Saint-Bris dans son ultime sacrifice. C'est ensuite la présence, non idéologisée, du soldat huguenot Marcel (Philippe Kahn) qui ne joue pas l'intégrisme du rôle mais apporte une manière d'humanité au sein de l'exacerbation générale et dont la basse profonde impressionne. On a aussi aimé Sally Silver (l'exubérante Duchesse de Powder the face) plus contenue ici, dans cet emploi de soprano d'opéra - toujours léger - de la Reine Margot et on a surtout vibré à la prestation du Page Urbain (Hjördis Thebault) sorte de Chérubin des Noces de Mozart, d'une agilité confondante entre soprano et mezzo. On soulignera également le vaillant baryton d'Ivan Ludlow (Nevers), le baryton noble de J.-Ph. Marlière (Saint-Bris) le quarteron des barytons-basses (J.-P. Cinelli, J. Neyer, D. Chavelzon) et des ténors (P. Kirby, Ch. Mortagne qui a règlé aussi les combats d'escrime à l'ancienne).


A part le choeur bachique chanté trop fort, les choeurs de coulisses ou les ensembles féminins ont parfaitement nuancé leurs interventions. Bravo à l'O.N et à Jeremy Silver pour l'intelligente lecture d'une partition difficile. Il était judicieux d'avoir utilisé la bande de surtitrage pour une meilleure compréhension des dialogues chantés vocalement redoutables. Et on peut regretter le départ du metteur en scène qui avait beaucoup apporté depuis Gustave III.


Dernières Nouvelles d'Alsace 13 June 2004

 


VIRGINIE VENDAMME

OPÉRA Une Africaine venue d'Orient

“L’Alsace Le Pays“

Dimanche 13 juin 2004

 

Le public a accueilli avec enthousiasme, vendredi, la première de l'opéra de Meyerbeer, « L'Africaine », une fresque orientaliste.

Parce que l'opéra ne se limite pas aux oeuvres célèbres, l'Opéra du Rhin présente ce mois-ci une oeuvre quasiment inconnue, L'Africaine, de Giacomo Meyerbeer, créée en 1865 et donc représentative de la fin du XIXe siècle. Il n'existe pas d'enregistrement officiel de cette oeuvre, tout au plus des prises pirates. Ainsi, la mise en scène de cette très longue partition, qui a d'abord été raccourcie pour épargner au public une représentation de six heures, a demandé un long travail de recherches. « Il est rare que je travaille si longtemps sur une oeuvre », explique le metteur en scène, Jean-Claude Auvray. Pendant deux ans, il s'est imprégné de l'oeuvre, pour aboutir à un spectacle inscrit dans la pure tradition théâtrale. Le metteur en scène a commencé par écouter des enregistrements et à procéder, avec le chef d'orchestre, Edward Gardner, aux coupes. « Les compositeurs procédaient souvent à des coupes durant les répétitions », explique-t-il. Meyerbeer est décédé avant la fin de sa composition, les coupes ont donc été faites à sa place.

Vasco de Gama l'aventurier

Deuxième étape : faire connaissance avec les personnages. « Pour moi, Meyerbeer s'est identifié à Vasco de Gama, qui aspirait lui aussi à l'immortalité. Le personnage présenté ici ne ressemble en rien à l'homme historique. Vasco de Gama était en réalité adulé ». Le choix de noms historiques pour cet opéra présentait, selon Jean-Claude Auvray, un aspect purement commercial. « Au début, l'opéra devait s'appeler Vasco de Gama. Finalement, c'est le titre L'Africaine qui a été choisi. C'est une excellente idée, car l'Africaine a un côté mystérieux et magique » Surtout quand on s'aperçoit que cette Africaine est indienne ! L'Africaine Sélika — de fait la souveraine d'un royaume imaginaire — a été faite prisonnière lors d'une expédition menée par Vasco de Gama, qui voit en elle et son compatriote Nélusko la preuve de l'existence d'un continent encore inconnu. La mise en scène de Jean-Claude Auvray suit Meyerbeer dans sa quête d'exotisme. « Les gens viennent au spectacle pour sortir du quotidien. Des allusions à l'actualité auraient été malvenues ». Le metteur en scène emmène son public dans le monde du théâtre, qu'il connaît autant qu'il l'aime. La scène est tendue d'immenses toiles, qui participent à la dramaturgie. Jean-Claude Auvray a au moins ce point commun avec Meyerbeer : il aime la machinerie de théâtre héritée du monde marin. Ici, il dévoile les secrets des coulisses. « La mise en scène de cette Africaine était pour moi un défi, une aventure. Parce que comme dit Stendhal, la curiosité sauve tout. En cela, je rejoins le personnage de Vasco, lui aussi aventurier ».


L’Africaine: dépaysement et tradition

L’Alsace Le pays”, Jeudi 17 juin 2004 

Très rarement présenté, le chef-d’oeuvre de Meyerbeer est joué à Strasbourg à l’Opéra du Rhin jusqu’au lundi 28 juin.

Pour la première à Strasbourg, “L’Africaine” de Giacomo Meyerbeer a connu un vif succès l’autre soir à l’Opéra du Rhin (voir notre édition du dimanche 13 juin). OEuvre quasiment inconnue, cette “Africaine” est tout à fait typique du grand opéra français, et même de la conception générale que le public non averti peut se faire de l’opéra. De très longs airs, des performances vocales à vous couper le souffle, une histoire qui a certes un fil mais reste bien peu crédible, une orchestration rutilante. Mais le tout fonctionne très bien, à condition, justement, de connaître un peu la partie, pour tenir “le choc” de plus de trois heures de spectacle. Le jeu des acteurs, la grande beauté des costumes et la mise en scène inventive tiennent le public en haleine et entretiennent magnifiquement le suspens de cette histoire-prétexte. Toutes les capacités de l’opéra, art total, sont ici exposées. Surtout, ces dispositifs de toiles qui montent et descendent sur la scène, laissant entrevoir le travail des machinistes, rappellent que les adultes sont parfois de grands enfants: comme les petits, ils parviennent à rêver et à s’embarquer vers de nouveaux mondes avec une belle partition, une belle robe de reine ou un costume d’explorateur, et des toiles peintes qui nous disent : « On dirait que là on est dans le bateau, et il y a une tempête… » La distribution est à la hauteur de la mise en scène. Sous la baguette d'Edward Gardner, Peter Sidhom en Nelusko et Nicoleta Ardelean en Inès sont eux aussi remarquables. Sylvie Brunet en Sélika et Bojidar Nikolov, qui joue Vasco de Gama, évoquent de grands thèmes comme l’amour, la jalousie, la rivalité pour l’une, l'immortalité, la reconnaissance, l’ambition, le pouvoir, pour l’autre. On retrouve aussi des évocations sur l’intolérance, les conquêtes, les inégalités, ce qui fait de cet opéra une matière riche à réflexions. 


Marianne ZELGER-VOGT

In historischer Perspektive. Giacomo Meyerbeers Africaine in Strassburg

“Neue Zürcher Zeitung”, 21. Juni 2004 

Nur in grösseren Intervallen wagen sich Opernhäuser an die einstigen Erfolgsstücke Giacomo Meyerbeers. Den jüngsten Versuch hat die Opéra du Rhin in Strassburg mit “L’Africaine” unternommen. Die Inszenierung pflegt eine historische Perspektive.

Mit dem Spielplan 2003/04 hat der kurzfristig nach Wien an die Volksoper berufene Rudolf Berger seinem Nachfolger Nicholas Snowman in Strassburg kein leichtes Erbe hinterlassen. Nur die Hälfte der aufgeführten Werke gehört zum bekannten Repertoire (“Parsifal”, “La Grande-Duchesse de Gérolstein”, “Le nozze di Figaro” und “L’Italiana in Algeri”), bei den restlichen vier handelt es sich um eine Uraufführung (“Ion” von Param Vir) und drei Raritäten: Marschners “Hans Heiling”, Webers “Euryanthe” (konzertant) und Meyerbeers “Africaine”. Letztere stellt an die Wiedergabe wohl die höchsten Ansprüche, denn sie ist nicht nur ein Werk mit - durch die Rassengesetze der Nazis - abgebrochener Aufführungstradition, sie steht auch für eine Gattung, die aus dem Zentrum an den Rand der Wirkungsgeschichte gerückt ist, die französische Grand Opéra.

Der Regisseur Jean-Claude Auvray, einst häufiger Gast in Basel, Luzern und Lausanne, versucht auf der Bühne nachvollziehbar zu machen, was den einstigen Sensationserfolg dieses Werkes begründete: mit effektvoll bemalten, grossflächigen Prospekten (Bernard Arnould), mit phantastischen exotischen Kostümen (Daniel Ogier), mit einem auf den Vorhang projizierten Sturm, der die Fregatte der portugiesischen Entdecker in Seenot zeigt, mit einer spektakulären Schiffskaperung durch die indischen Eingeborenen und natürlich auch mit der obligaten pittoresken Balletteinlage (Cookie Chiapalone). Auvray geht dabei durchaus antiillusionistisch vor. Indem er die Machart der Effekte zeigt, führt er ein ironisierendes Element ein.

Dass “L’Africaine” - mit einer Entstehungsgeschichte von nahezu dreissig Jahren und zahllosen konzeptuellen Änderungen - nicht aus einem Guss geraten ist und auch keine endgültige Gestalt gefunden hat, da der Komponist ein Jahr vor der Pariser Uraufführung (1865) starb, verleugnet der Regisseur nicht. Vielmehr trennt er die verschlungene Liebeshandlung zwischen der afrikanischen Sklavin Sélika, die sich als Königin eines bisher unentdeckten indischen Volkes entpuppt, und dem portugiesischen Seefahrer Vasco da Gama, der seinerseits die Admiralstochter Inès liebt, vom Historiendrama um Weltentdeckung und Kolonisation. Diesem steht die ganze Bühne offen, jene spielt meist vor dem Vorhang. Auvrays Rückblick in die Operngeschichte des mittleren 19. Jahrhunderts ist ehrenwert, aber was “L’Africaine” uns heute noch sagen könnte, darauf hält das Bühnengeschehen keine Antwort bereit. Der Dirigent Edward Gardner hat da den leichteren Part, sein Pensum ist erfüllt, wenn die Partitur mit ihren vielfältigen koloristischen und rhythmischen Effekten, ihrem melodischen Erfindungsreichtum, ihrem atmosphärischen Parfum zur Wirkung kommt, und dazu bietet das Orchestre philharmonique de Strasbourg engagiert und kompetent Hand, ebenso wie der Chor.

Die Solistinnen und Solisten auf der Bühne jedoch hat Gardner nicht auf einen werkgemässen Interpretationsstil verpflichten können. Hier dürfte denn auch ein Haupthindernis auf dem Weg zu einer Meyerbeer-Renaissance liegen. Die Protagonistinnen und Protagonisten der Strassburger Einstudierung - Bojidar Nikolov als Vasco da Gama, Nicoleta Ardelean als Inès, Isabelle Vernet als Sélika (sie ersetzte in der von uns besuchten Aufführung Sylvie Brunet) und Peter Sidhom als Sélikas unglücklicher Liebhaber Nélusko - verfügen zwar alle über eindrückliches Stimmmaterial, setzen es aber mit zu viel Druck und Kraft ein, so dass kaum erahnbar wird, wie sehr Meyerbeers Gesangsspiel von der Eleganz der Linienführung und der Beherrschung einer virtuosen Koloraturtechnik lebt. Auch unter diesem Aspekt ist der Strassburger Versuch mit “L’Africaine” ein historisches Lehrstück: Nicht allein auf szenischer, auch auf vokaler Ebene lässt sich die Aufführungstradition der Meyerbeer-Opern nur schwer fortschreiben.


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